« Je m’intéresse à l’avenir parce que c’est là que je vais passer le reste de ma vie. » Charles F. Kettering
On parle beaucoup en ce moment des interrogations que chacun nourrit sur l’avenir.
Le futur, qui a toujours fasciné l’humanité, nous paraît aujourd’hui, du fait de la crise économique, morale, éthique même, de moins en moins assuré d’être à la hauteur de nos espérances.
Et l’avenir dans le domaine de l’informatique ? Que nous réserve-t-il ?
Profitons de ce printemps qui nous arrive enfin, pour retrouver notre curiosité d’enfant, et risquer un coup d’oeil prospectif sur ce pan de plus en plus massif de notre vie quotidienne.
Pat Gelsinger, d’ Intel n’a pas hésité pas à le dire il y a quelques années : "Au fond, nous voulons que notre technologie atteigne chaque humain sur terre, et chaque aspect de sa vie".
Il ne croyait pas si bien dire. Car aujourd’hui, nous n’en sommes plus à nous focaliser sur les performances techniques des machines que nous manipulerions. Car, même si, dans ce domaine, il y a certaines innovations parfois bluffantes, comme l’ordinateur roulable , ou l’ordinateur-stylo, ce n’est plus la colonne vertébrale de notre avenir informatique.
Bon, va-t-on parler des ordinateurs à ADN, des réseaux neuronaux, des ordinateurs optiques, ou, plus fort encore, des circuits composés de réels neurones (de sangsue, rassurez-vous) ?
Voire même des ordinateurs quantiques, très utiles pour simuler le fonctionnement de l’univers... ?
Non, ce n’est pas ce qui retient l’attention des commentateurs avisés sur la toile. Car le rôle des machines en elles-mêmes a tendance à diminuer, d’abord au profit des logiciels, qui doivent tirer partie de la puissance toujours croissante dont nous disposons, et surtout à celui des interfaces et des réseaux.
Car ce qui est à nos portes, c’est une véritable révolution dans notre rapport au monde et à autrui. Déjà, rester connecté en permanence, où que l’on soit et quoi qu’on fasse, n’est plus un problème.
Mais on n’y est plus seul : notre environnement nous accompagne. La domotique donne à chacun de nos objets familiers, frigo, véhicule, alarme, une place sur la toile, un lien avec nous... et potentiellement avec d’autres. Chaque objet, chaque personne aura, cela ne fait aucun doute, une adresse IP unique, et, de ce fait, sera parfaitement identifiable et localisable. Parfait pour un réfrigérateur qui pourra passer commande de ce qui lui fait défaut, salvateur pour la personne âgée dont les fonctions vitales battent de l’aile dans sa maison isolée.
Très vite, cette même personne âgée pourra se voir proposer en implant un minuscule terminal, tellement pratique, on ne peut pas l’égarer, et il fournit toutes les informations dont le médecin a besoin à la vitesse de l’éclair.
Mais elle ne sera pas la seule. Votre enfant, cible potentielle de kidnappeurs .. pourra aussi être suivi à la trace. Ce système fonctionne déjà en Espagne et aux Etats-Unis.
Mais cela ne s’arrête pas là. Il va falloir se faire à l’idée d’un dépassement de l’homme tel qu’il existe aujourd’hui. Dans un rapport récent, Microsoft Research prévoit l’utilisation de l’influx nerveux pour contrôler les machines (dans un premier temps pour les handicapés). Un pas de plus vers l’informatique invisible et omniprésente.
Mais ce n’est pas tout : étant connectés en permanence à un réseau mondial, on verra très vite apparaître des substituts à la mémoire, voire des aides au raisonnement humain. Nous ne sommes pas loin des « naneuroniques » prédits par Hamilton dans son œuvre colossale « L’aube de la Nuit ».
Inutile d’insister sur le fait qu’ une telle évolution sera, elle, une véritable rupture dans l’histoire de l’humanité.
Pour nous en convaincre, essayez d’imaginer, juste une seconde, ce que serait un discours politique si chaque citoyen avait accès , en temps réel, grâce à son implant connecté à la toile, aux chiffres et aux faits véritables...
Je prends le pari que les prochaines batailles, pour ceux dont la devise est toujours et encore « Liberté, Egalité, Fraternité », seront de deux ordres :
Celle des contenus, car celui qui les contrôlera, contrôlera tous ceux qui les utiliseront, et celle de l’intégrité humaine, qui verra l’affrontement, si la technologie le permet à ce moment là, entre ceux qui acceptent de devenir des cyborgs, en accueillant avec joie toutes sortes d’implants, et ceux qui préfèreront avoir les commodités de la connectivité permanente par le truchement de leur robot personnel.
Personnellement, j’ai un faible pour le robot. Et vous ?

