Je ne sais s’il y a beaucoup de joueurs parmi vous, mais l’information qui suit me semble symptomatique de l’autisme des éditeurs de jeux vidéos. Affolés par l’idée d’un piratage possible de leurs logiciels, certains d’entre eux mettent en place avec obstination des contre-mesures qui ont un effet exactement inverse de celui escompté...
Ubi Soft, vous connaissez ?
Mais si... L’éditeur de Assassin’s Creed et de Silent Hunter, par exemple !
Ses jeux sont désormais sous DRM (Digital Rights Management). Rappelons que sous ce sigle, on trouve des mesures techniques de protection qui ont pour objectif de contrôler l’utilisation qui est faite des œuvres numériques. Ces dispositifs peuvent s’appliquer à tous types de supports numériques physiques (disques, DVD, Blu-ray, logiciels, donc jeux...) ou de transmission (télédiffusion, services Internet...) grâce à un système d’accès conditionnel.
Elles ont pour effet de restreindre la lecture du support à une zone géographique prévue (par exemple les zones des DVD), de restreindre ou interdire la copie privée du support (transfert vers un appareil externe), de restreindre ou verrouiller certaines fonctions de lecture ou d’identifier et tatouer numériquement toute œuvre et tout équipement de lecture ou enregistrement.
Mais ça ne suffit pas à Ubi soft, qui veut vraiment vérifier que vous n’êtes pas un vilain pirate, et que vous avez bien acheté votre jeu, alors il en rajoute une couche.
Désormais, tout acheteur d’un jeu Ubisoft devra pouvoir être contrôlé à tout moment par la firme et pour cela, devra rester connecté en PERMANENCE sur le net, dès qu’il lui prendra la fantaisie de jouer.
Concrètement, cela veut dire qu’il n’est plus possible de jouer d’un endroit non connecté (dans le train, chez sa grand-mère), sans parler de ce qui risque de se passer si la connection internet est interrompue au moment le plus palpitant du jeu.
Résultat des courses ?
Quelques heures après la sortie Silent Hunter 5, une version du même jeu, mais sans le DRM, est apparue sur les réseaux de partage de fichiers.
Selon une enquête menée par le site de jeux en ligne Subsim, 85% des joueurs annoncent qu’ils préfèreront annuler l’achat du jeu, et attendre tranquillement l’apparition d’une version sans DRM (donc éventuellement piratée, sauf si Ubi Soft se ressaisit...).
Déjà en son temps, EA (Electronic Arts)avait tâté de cette stratégie de corsetage des clients pour son jeu "Spore", qui a essuyé un échec commercial retentissant, les problèmes liés aux DRM ayant exaspérés les acheteurs, et découragé les autres de l’acheter. Les seuls que cela n’a absolument pas gêné étant évidemment ... les pirates !
Quelle morale faut-il tirer de cette histoire ?
Qu’à trop vouloir sécuriser, contrôler, surveiller et punir, on finit par arriver au résultat inverse : on pousse les clients ayant payé leur jeu à rechercher la facilité d’un jeu qu’ils soient libres d’utiliser à leur guise, donc piraté, on empêche les autres de faire cet achat pour ne pas se pourrir la vie, et donc on les incite à télécharger le jeu cracké, et on crée de nouvelles génération de jeunes hackers qui, exaspérés par cette BigBothermania, se lancent à leur tour dans ce qu’ils considèrent comme résistance légitime.
Bref, ce n’est absolument pas le bon angle pour empêcher l’effondrement des recettes issues du numérique. La balle est donc dans le camp des décideurs, comme on dit. Y en aura-t-il pour avoir le courage de chercher d’autres solutions, plus intelligentes, moins liberticides, et, sans doute, plus rémunératrices ?

